ENVIRONNEMENT DE RÉUSSITE… OU PAS

On accepte très facilement l'idée qu'une entreprise, un territoire ou un pays ne doit pas gaspiller l'énergie, l'eau, les bâtiments ou les compétences. Curieusement, on parle beaucoup moins du gaspillage produit lorsqu'un être humain capable de contribuer finit par devenir socialement transparent.

Avons-nous tous réellement la possibilité de montrer ce dont nous sommes capables ?

On nous parle beaucoup de réussite personnelle.

Il faudrait travailler, vouloir, persévérer, apprendre, s’adapter, recommencer après les échecs.

Je crois à tout cela.

Mais il manque une variable essentielle :

l’environnement dans lequel nous essayons de réussir.

Car la réussite n’est jamais seulement une qualité individuelle.

Il faut évidemment être capable de faire quelque chose. Il faut travailler, apprendre, comprendre les besoins des autres et leur apporter quelque chose qu’ils considèrent comme utile.

Mais encore faut-il avoir la possibilité de le montrer.

Il suffit parfois qu’une personne dise :

« Pourquoi pas ? Essayons. »

Une porte s’ouvre.

Cela ne garantit absolument pas la réussite. Celui qui entre devra encore faire ses preuves.

Mais il pourra au moins les faire.

À l’inverse, une autre phrase peut tout arrêter :

« Non, pas toi. »

Et une porte qui reste fermée empêche parfois même de démontrer ce que l’on aurait pu faire derrière.

J’ai connu les deux

Je ne parle pas d’une théorie.

Je compare deux périodes de ma propre vie.

En région parisienne, je n’avais ni fortune familiale, ni grandes études, ni réseau prestigieux.

J’ai commencé à travailler à 16 ans.

Mais j’ai rencontré des personnes qui m’ont confié des responsabilités et d’autres qui ont accepté d’essayer avec moi.

Ensuite, il fallait obtenir des résultats.

  • Des jeunes m’ont suivi dans des activités.
  • Des parents nous ont rejoints.
  • Des voyages se sont organisés.
  • Des clients sont arrivés.
  • Des projets sont devenus des activités réelles.
  • Plus tard, j’ai créé une entreprise informatique.

Tout cela n’est pas arrivé parce que des portes s’étaient ouvertes.

Mais si elles étaient toutes restées fermées, je n’aurais probablement jamais pu démontrer ce que j’étais capable de construire.

À 20 ans, le père d’une amie m’avait proposé une situation professionnelle sûre et tranquille au tribunal de Créteil.

J’ai décliné.

Je n’ai jamais recherché une place tranquille.

Je recherchais des projets, des résultats, la satisfaction de construire quelque chose et d’être utile.

Je ne suis probablement pas davantage fait pour la retraite aujourd’hui que je ne l’étais à 20 ans.

Puis j’ai changé d’environnement

Lorsque je suis arrivé dans le Morvan en 1998, je n’avais pas subitement perdu mes capacités.

D’ailleurs, pendant les premières années, certains de mes anciens clients de région parisienne parcouraient jusqu’à 500 kilomètres pour venir me confier leur matériel informatique à dépanner.

C’était une reconnaissance extraordinaire.

Mais également un paradoxe.

Des personnes situées à plusieurs centaines de kilomètres considéraient encore mon travail suffisamment utile pour effectuer ce déplacement, tandis que je parvenais de moins en moins à construire autour de moi une activité permettant simplement d’en vivre.

Avec le temps, les possibilités se sont réduites.

Et cela m’amène à une question qui dépasse largement mon histoire :

combien de capacités humaines notre société gaspille-t-elle simplement parce qu’elles ne se trouvent pas au bon endroit, devant la bonne porte, au bon moment ?

Le territoire change les règles

Je ne veux surtout pas opposer caricaturalement la ville et la campagne.

On peut échouer à Paris.

On peut parfaitement réussir dans un village.

Mais l’environnement n’offre pas les mêmes possibilités.

Dans une grande agglomération, lorsqu’une porte se ferme, il peut en exister dix autres quelques rues plus loin.

Il y a davantage de clients potentiels, d’entreprises, d’associations, d’institutions, de rencontres et de besoins exprimés.

Dans une zone rurale isolée, chaque porte prend davantage d’importance.

Les distances sont plus grandes.

Les marchés sont plus petits.

Les réseaux humains sont différents.

Les personnes se connaissent parfois depuis plusieurs générations.

Et lorsqu’on n’appartient pas naturellement à ces réseaux, trouver sa place peut demander beaucoup plus que simplement savoir rendre un bon service.

Cela crée une dépendance particulière à l’environnement.

Lorsqu’une porte se ferme, il n’y en a pas nécessairement une autre à côté.

Et lorsque revenir en arrière devient matériellement impossible, ce qui était un choix de vie peut progressivement devenir un piège.

Le travail n’est pas seulement un revenu

C’est probablement ce que j’ai compris le plus tardivement.

Bien sûr, il faut gagner suffisamment d’argent pour vivre.

Mais travailler apporte beaucoup plus.

  • Le travail crée des rencontres.
  • Il donne une raison de sortir.
  • Il permet d’être attendu quelque part.
  • Quelqu’un a besoin de ce que vous savez faire.
  • Vous rendez un service.

En échange, vous recevez une rémunération.

Mais vous recevez également quelque chose d’infiniment plus difficile à mesurer :

une place dans la société.

C’est de la dignité.

De la réciprocité.

De l’utilité.

De la reconnaissance.

De l’intégration sociale.

Je ne demande pas qu’on me donne artificiellement une place.

Je voudrais simplement pouvoir continuer à mériter la mienne :

« Donnez-moi une occasion où ce que je sais faire puisse être utile. »

Ensuite, à moi de faire mes preuves.

Jusqu’où faut-il accepter ?

C’est une autre question difficile.

Lorsqu’on rencontre une difficulté, il faut évidemment essayer de s’adapter.

Changer sa manière de faire.

Apprendre.

Recommencer.

Chercher une autre solution.

  • Je l’ai fait toute ma vie.

Mais jusqu’où l’adaptation doit-elle aller ?

À quel moment faut-il arrêter de considérer chaque échec comme une insuffisance personnelle et commencer à regarder l’environnement ?

À quel moment peut-on taper du poing sur la table et dire :

  • STOP. Il y a quelque chose qui ne fonctionne plus.

Dire cela n’oblige pas à désigner des coupables.

Cela permet d’essayer de comprendre.

Si quelqu’un se noie, la première chose à faire est de lui lancer une bouée.

  • On ne commence pas par lui demander pourquoi il est tombé dans l’eau.

Mais une fois la personne sortie de l’eau, il serait tout aussi absurde de refuser de comprendre pourquoi elle y est tombée.

Aider d’abord. Comprendre ensuite. Prévenir pour les suivants.

C’est aussi cela, une société.

Et ceux dont nous ne saurons jamais ce qu’ils auraient pu faire ?

C’est peut-être la question qui me préoccupe le plus.

Je connais mes propres capacités parce que j’ai eu autrefois l’occasion de les éprouver.

J’ai connu des réussites.

Elles m’ont appris que j’étais capable de construire quelque chose lorsque l’environnement me permettait d’agir.

Mais combien de personnes n’ont jamais rencontré leur « Pourquoi pas ? Essayons. » ?

Combien ont entendu trop souvent :

« Ce n’est pas possible. »

« Ce n’est pas pour vous. »

« On ne fait pas comme ça ici. »

Ou simplement :

« Non, pas toi. »

Nous ne saurons jamais ce qu’elles auraient pu inventer, entreprendre, transmettre ou apporter aux autres.

Et c’est peut-être là que se trouve une forme silencieuse de gaspillage humain.

Nous parlons beaucoup de ressources naturelles à préserver.

Peut-être devrions-nous également nous préoccuper davantage de nos ressources humaines inutilisées.

Pas seulement celles des personnes diplômées, reconnues ou déjà intégrées.

  • Celles de tout le monde.

Parce qu’une société ne devrait pas seulement venir chercher quelqu’un lorsqu’elle a besoin de lui.

Elle devrait aussi savoir reconnaître ce qu’il peut apporter.


La réussite donne envie de continuer.

L’échec répété donne envie d’en sortir.

Entre les deux, il y a parfois beaucoup de travail et de talent.

Mais il y a aussi quelque chose que nous oublions facilement :

une porte.

Et quelquefois, il suffit simplement que quelqu’un accepte de l’entrouvrir.

Une Feuille cachée du Prix de l’Herbe Verte – Jean-Pierre OTOP

PÉPÉ, Une vie debout, à jamais. 🎵

🎶 une belle matière pour « sculpter » mon pote PÉPÉ en chanson : judoka respecté, militant JOC, bosseur, syndicaliste, engagé, toujours pour les autres. J’ai construit une version dynamique et positive, avec l’énergie d’un refrain qui peut tourner en boucle et qui donne envie de chanter avec lui.

[Verse]
Il est né du côté de Paris,
Judoka, toujours l’esprit combatif.
De la JOC aux ateliers,
Un frère, un ami, engagé.

[Chorus]
🎵 PÉPÉ, droit debout,
Toujours là pour le groupe,
Un judoka, un cœur engagé,
Une vie debout, à jamais. 🎵